En tant qu'observateur attentif
de l'évolution politique de la Guinée depuis à
peu près 15 mois, le bilan que j'en tire est
mitigé.
Depuis mon retour au pays
après 13 ans d'absence, j'ai été le
témoin privilégié de plusieurs
évènements qui portaient en eux, le germe de
l'explosion sociale que nous avons connu au premier
trimestre 2007.
Cette explossion, à
l'instar des évènements sociaux
précédents survenus en 2005 et 2006,
puisait son fondement dans l'exacerbation de la dégradation
du cadre macroéconomique avec pour corollaire, la
réduction considérable du pouvoir d'achat des
ménages guinéens, miné par une forte
inflation.
Cette inflation trouve son
origine dans le déficit de gouvernance économique et
financière qui a caractérisé la gestion de
l'Etat depuis le début du millénaire.
Un nouvel équilibre
politico social est né des troubles de janvier
février. Depuis lors, les faits prouvent combien ce dernier
contenait à l'origine, des éléments
de fragilité.
En effet, la nommination
d'un premier ministre de consensus, demeure le principal
acquis de l'accord tripartite (gouvernement, syndicats,
patronnat).
Cependant et c'est l'avis
de bon nombre d'observateurs et d'esprits avisés, l'accord
n'offrait pas assez de garanties au Premier Ministre et
à son gouvernement.
Mieux, il entretien une forte
ambiguité sur les prérogatives de ce
dernier.
D'aucuns stipulent que ce flou a
été volontairement distillé par certaines
parties prenantes aux accords, rompus aux subtilités
de la sémantique juridique.
Ce qui n'est pas le cas de
nos chers syndicalistes, transportés,éblouis et
handicapés par leur nouveau rôle
politique auquel ils n'étaient pas
préparés.
Ils ont donc ivonlontairement
péché par inexpérience.
La non implication des acteurs
politiques traditionnels (partis politiques du pouvoir et de
l'opposition) est un autre exemple qui milite en
faveur de la fragilité de l'équilibre
politique nouveau qui a émergé de "janvier
février".
Ce sont ces
éléments qui en toute objectivité,
justifient l'engrenage dans lequel se trouve le gouvernement
de consensus.
Malgré les
fragilités originelles qui justifient les difficultés
rencontrées par ce gouvernement, il n'en est pas
complètement étranger.
Des erreurs "fatales" ont
été commises par le Premier Ministre et son
gouvernement.
L'on pourrait également
être tentés d'établir un lien entre ces
erreurs et certaines fragilités de l'accord tripartie.
Toutefois, ces liens ne parviendraient pas à effacer
complètement les responsabilités du PM et de son
gouvernement.
Les erreurs du gouvernement
combinées au comportement exagérément critique
de la classe politique guinéenne (pouvoir et opposition)
à l'égard du gouvernement de consensus, n'est pas de
nature à consolider l'acquis majeur des
évènements sociaux à savoir, la restauration
de la légitimité populaire.
La force du mouvement populaire
d'alors était le reflêt de la volonté de
ce dernier de reprendre son destin en main.
Qu'est ce qui n'a pas
été dit sur le caractère pacifique du peuple
de Guinée?
Eh bien le 22 janvier, ce
peuple a démontré devant ses dirigeants
et le monde entier qu'il n'entend plus se laisser
faire.
Je continue de penser que la
majorité de ce qui est considéré comme
étant l'élite guinéenne, n'a pas encore
perçu la profondeur de la rupture qui est intervenue au
premier trimestre de l'année.
Si c'était le cas, nous
aurions assisté à des comportements moins vindicatifs
de la part des partis politiques de l'opposition à
l'égard de l'action gouvernementale. Nous aurions
assisté à une dynamique une peut plus
mobilisatrice de la part du gouvernement de consensus,
invitant les parties prenantes sociaux politiques à
davantage de concertation.
Je crois d'ailleurs que le
gouvernement n'a pas perçu combien il était
stratégiquement avantageux d'impliquer les autres
parties prenantes à la conduite des affaires de la
cité. Cela aurait eu pour effet de mieux endiguer la
virulence de leur contestation.
Je crois profondément que
la classe politique guinéenne manque encore de sagesse et
de maturité politique. Or, ces deux
éléments sont importants pour la
démocratie!
Comme ont le dit souvent
"laissons le temps au temps".
Autrement dit, laissons la
Guinée se faire son expérience. tout au plus,
souhaitons qu'elle puisse en tirer les leçons
bénéfiques à la consolidation de la
démocratie et de l'Etat de droit.